Les installations de Didier Mahieu sont comme des théâtres dont les scénographies explorent les antichambres de nos mémoires. Tel un archéologue des songes, il fouille les couches stratigraphiques de nos âmes. Il dévoile sans prévenir des sensations perdues ou exhume les vestiges de nos souvenirs. L’artiste mêle intimement les références oniriques, sensuelles ou symboliques. Son goût pour les dramaturgies de l’insolite lui permet de convier le spectateur à voyager de l’autre côté du miroir. Cultiver l’envers des images, c’est goûter aux profondeurs insoupçonnées de leurs surfaces. Et nous, troublés par les miroirs de Mahieu l’enchanteur nous tombons comme Alice dans le terrier du lapin. Mais se fourvoyer dans les rêves, c’est aussi retrouver la pureté de l’âme. En novembre prochain, le plasticien investira les espaces de la Chapelle des Brigittines. Cette manifestation sera le point d’orgue des récents développements de sa mythologie personnelle. Les arbres, les poissons, le pont, la raie, les Eve conspiratrices, tous les personnages récurrents de son imaginaire se retrouveront pour conjuguer les accords profanes et sacrés du lieu. La Chapelle sera le lieu d’un banquet particulièrement surprenant. Les visiteurs s’étonneront devant une vaste raie manta de plusieurs mètres d’envergure. Huit tabourets seront reliés à cette table métamorphosée en « diable des mers ». Ce n’est pas un hasard si l’artiste a choisi ce poisson. Il a toujours effrayé à cause de ses grandes ailes pointues et de ses deux lobes céphaliques surmontant sa tête comme les cornes d’un démon. Mais Didier Mahieu est aussi l’ami des sirènes. Il n’hésite pas à donner chair aux dangers de la séduction. Deux jeunes femmes mystérieuses ont été convoquées aux agapes de la raie. Ces deux Eve nous sollicitent virtuellement à rejoindre la table et à participer à l’étrange banquet. Au dessus du poisson se trouve un arbre étrange, symbole de quelque connaissance ésotérique. Doué de la faculté de vision, il emprisonnera l’image du visiteur pour mieux se jouer d’elle. Quant au pont d’or qui relie l’ancienne chapelle à la nouvelle annexe, il est bien sûr le symbole du passage. Il remplace le vieux Charon qui avait autrefois pour rôle de mener les âmes vers le royaume d’Hadès. Ainsi, contes de fées, fantasmes et souvenirs se mêleront dans une troublante esthétique de l’étrange. « Se perdre pour mieux se retrouver » pourrait être la devise de Didier Mahieu. Il nous conduit comme dans le roman de Lewis Carroll, à chasser le snark sur un navire ballotté par le vaste océan de nos phantasmes. Alors, suivons notre capitaine même si ses cartes marines sont vierges de tout vestiges de terre. Sa « terra incognita » nous sauvera à coup sûr des naufrages de l’ennui. Faisons notre possible pour tenter l’impossible. Olivier Duquenne
Exposition actuelle SKETCH LONDON
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